Crise de la masculinité PDF

Ancien président du Front national de la jeunesse, Julien Rochedy propose une formation en ligne pour apprendre aux hommes à être des hommes, des crise de la masculinité PDF. On ne naît pas homme, on le devient.


Des années avant que ne paraissent les premiers livres sur les problèmes de l’identité sexuelle, Leanne Payne avait identifié cette profonde souffrance de l’homme moderne qu’elle définit dans cet ouvrage comme une crise de la masculinité. Elle avait discerné une réelle déchirure dans le cœur de nos contemporains : des fils et des filles se sentent abandonnés, ignorés, parce qu’ils n’ont jamais été confirmés par leurs pères dans leur identité d’hommes et de femmes. Mais comment des pères peuvent-ils établir l’identité de leurs enfants s’ils n’ont pas été eux-mêmes affermis dans la leur ? La force principale de ce livre réside dans la capacité de l’auteur à indiquer la voie vers la guérison de cette blessure et la restauration de l’identité personnelle, masculine et féminine. Afin de mieux répondre à la confusion qui règne dans certains milieux religieux, l’auteur a ajouté à cette nouvelle édition un chapitre du docteur Jeffrey Satinover, psychiatre et professeur, intitulé :  » Le vrai masculin et le vrai féminin sont-ils ce que C.G. Jung appelle animus et anima ? « 

Une formule créée par Tertullien aux alentours de l’année 200, popularisée par Érasme au XVIe siècle, puis définitivement saccagée par Julien Rochedy en 2018. Rochedy, c’est ce trentenaire qui présida le Front national de la jeunesse de 2012 à 2014, avant de quitter le parti de Marine Le Pen. Des propos toujours disponibles en ligne, notamment décryptés par Sylvain Crépon dans son livre Les faux-semblants du Front national. 77 règles de l’homme»À la lumière de ces déclarations, il n’était donc pas si étonnant de voir Rochedy réapparaître au printemps 2018 avec un projet nommé École Major, site internet à la devise édifiante: «Être et rester un homme».

De loin, ça fleurait déjà le vestiaire et le jus de testicule. Parmi les derniers articles publiés: «Et si les féministes n’étaient que des grosses fainéantes? Pourquoi les hommes doivent savoir tenir l’alcool» ou encore «Manger comme un homme: 5 conseils pour une alimentation saine et non-fragile». Après vérification, École Major n’est en rien affilié au Gorafi.

La véritable finalité du site ne réside pas dans ces articles dont la finesse n’aura échappé à personne, mais dans la formation payante proposée par Rochedy. Pour moins d’une centaine d’euros, n’importe qui peut s’inscrire à la session Alpha, qui permet d’accéder à une quinzaine de vidéos thématiques dans lesquelles il délivre face caméra ses conseils et analyses autour de la masculinité. Buzzfeed France auraient sans doute tiré de prodigieux posters pour toilettes. Règle numéro 65: lire le plus possible. Une seule exception selon lui: «les grands chefs d’entreprise», dont il parle avec autant d’étoiles dans les yeux que lorsqu’il évoque l’une de ses références favorites, Napoléon Bonaparte. Il faut dire que mes obsessions semblent légèrement différentes de celles de Julien Rochedy.

Parmi ses mots favoris, on trouve «efficace», «puissance», «conquête» et «masculinité». Rochedy voit ouvertement la vie comme un champ de bataille sur lequel il faut coller des pains, métaphoriques ou non, afin de montrer qu’on est le dominant et qu’on mérite le respect. L’argument principal de Rochedy, c’est la nature. L’homme est brutal par nature, dominateur par nature, costaud par nature. Toujours si pratique, cette façon de remonter à Néandertal pour justifier indirectement la misogynie, le sexisme et les violences faites aux femmes. La «féminisation» du monde, telle que la décrit Julien Rochedy, est radicale et en passe d’être achevée si les hommes ne font rien.

Et parce qu’elle est en train de pousser les hommes à bout. C’est quand un homme se sent fragilisé dans sa virilité qu’il devient violent», explique-t-il tranquillou dans sa vidéo d’introduction. On appelle ça du masculinisme, ce qui, rappelons-le, n’est absolument pas un gentil inverse du féminisme. Si la lutte féministe aspire à permettre aux femmes de vivre dans une société qui ne les méprise pas et ne les opprime pas, le combat masculiniste consiste à tout faire pour empêcher ces dernières de venir remettre en cause l’ensemble des acquis accumulés siècle après siècle par les hommes. L’air de rien, peu à peu, Julien Rochedy justifie le fait qu’un homme puisse être violent.

Pourtant, à écouter Julien Rochedy, les femmes semblent bien constituer le nœud du problème. Si les vidéos de l’École Major parlent assez peu d’elles, elles sont dès le départ décrites comme les responsables de la crise de la masculinité que vivent tant d’hommes actuellement. Puisqu’il semble aimer les bouquins, on lui conseillera par exemple la lecture de Backlash: la guerre froide contre les femmes, essai-somme qui valut le prix Pulitzer à la journaliste Susan Faludi en 1991. Julien Rochedy, elles trouveront toujours sur leur chemin des hommes prêts à décider à leur place. Et elles sont rapidement décrites comme agressives, à partir du moment où elles osent refuser d’être traitées comme des paillassons. Rochedy pratique un masculinisme à l’état pur, mais qui ne se fait plaintif qu’en de rares occasions: ce qu’il veut, c’est agir, pour que la «communauté des hommes» ne soit pas privée de ses acquis abusifs.

L’ambition principale de l’École Major est donc de nous apprendre à devenir et à rester «des vrais mecs». D’abord une citation de James Garfield, président des États-Unis en 1881, qui affirmait: «Si je réussis à faire de moi un homme, je sais que je réussirai dans tous les autres domaines». Le second argument, on y vient, est tout de même celui de la séduction. Julien Rochedy n’est pas là pour faire une démonstration de pick-up artist, mais ses objectifs ne sont guère différents. Parce que nous sommes toujours des mammifères, les femmes sont toujours beaucoup plus attirées par ce type d’hommes», à savoir les hommes virils, musclés, au tempérament de dominants. On remarquera au passage à quel point ces vidéos sont hétérocentrées. Aucune référence à l’homosexualité ou à la bisexualité.

Sans doute parce que si vous n’êtes pas hétéro, vous ne pouvez pas aspirer à devenir membre du club des vrais mecs. L’aspect binaire de sa vision du monde ne s’arrête pas là: dans l’une de ses vidéos, Rochedy oppose valeurs masculines et valeurs féminines, qu’il décrit comme antagonistes mais complémentaires. On en est encore là en 2018: à décrire les hommes et les femmes comme des pièces emboîtables. Les valeurs masculines découlent de ce qui pénètre l’autre», tandis que les «les valeurs féminines consistent en l’acceptation de l’autre en soi». Voilà les rapports femmes-hommes d’après Julien Rochedy, qui convoque la nature à chaque coin de phrase. Il s’emploie ensuite à lister les valeurs masculines et les valeurs féminines, toujours selon lui.

Chez les femmes, c’est la tolérance qui l’emporte. Alain Soral, le mot «tolérance» le fait en revanche vraiment tiquer. Plus loin, il ajoutera que «le respect n’est pas un droit naturel», expliquant que les hommes finissent par se faire piétiner s’ils ne cultivent pas leur rapport au respect, à l’honneur et à la virilité. J’ai souvent vu des hommes se faire taper dans la rue, des Français qui n’ont pas cette culture-là», dit-il sans aller plus loin.

Ce n’est effectivement pas la peine: on a bien compris qu’il s’agissait d’appeler les hommes français à se reviriliser, merde, parce que tous ces gens qui viennent d’autres pays sont en train de nous dominer physiquement et mentalement. La discrimination décomplexée: encore une bien belle idée, puissamment humaniste. Si on ne connaissait pas les idées politiques de Julien Rochedy, on peut les deviner sans mal. Sa façon de parler des rapports entre maîtres et esclaves ne fait d’ailleurs qu’enfoncer le clou: «L’objectif des esclaves, c’est de détruire les forts», alors que «l’objectif des forts est de pousser la société, de pousser l’homme». Des arguments pouvant être reliés à son passé de jeune leader FN, Julien Rochedy en déroule comme cela tout au long de ses vidéos, sans avoir l’air d’y toucher. Dans l’une de ses leçons, il explique qu’un homme ne peut réussir seul et qu’il doit se construire un clan, réuni autour de valeurs communes. L’un des piliers de consolidation de ce clan: «se trouver un ennemi commun», puis resserrer les liens en l’affrontant tous ensemble.

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