Pour en finir avec l’emploi jetable (Politique, idée, société) PDF

Il vient de remettre un rapport à ce sujet et explique  ce qu’est une  société apprenante . Olivier Rollot : Vous avez remis il y a quelques semaines le rapport Apprendre demain au ministère de l’Education nationale, de l’Pour en finir avec l’emploi jetable (Politique, idée, société) PDF supérieur et de la Recherche.


Dans une période où la question de l’emploi précaire est au coeur des enjeux sociopolitiques du pays, Gilles Lecointre propose des solutions pour faire face à ce problème qui touche notamment 34% des moins de 25 ans (sondage Insee 2007). Comme tout ce qui se consomme et se jette sans modération, l’emploi jetable est un fléau contre lequel il faut lutter pour rentrer enfin dans un système d’exploitation durable des richesses, que celles-ci soient matérielles ou humaines. En lieu et place du CDD et du CDI, l’auteur propose un contrat d’emploi à long terme (le CELTE) renouvelable par tacite reconduction. Il demande à ce que le capital humain représenté par les salariés soit inscrit à l’actif du bilan, avec en contrepartie un actionnariat de type gaulliste. Il appelle à appliquer le modèle vertueux de l’entrepreneuriat aux grandes entreprises. Avec des jeux vidéo, il suggère de sensibiliser dès l’école les jeunes à la notion et au respect du contrat.

Qu’est-ce qui vous aura le plus marqué au cours de cette mission qui aura permis à 500 participants de s’exprimer et d’émettre  18 propositions pour une société apprenante  ? Ce rapport nous aura conduit à beaucoup plus réfléchir que nous le faisions jusqu’ici dans le cadre du CRI à la petite enfance : plus on investit jeune dans le savoir plus l’impact est fort ! Autre sujet crucial : l’apprentissage des enfants de milieu défavorisés hors périodes scolaires. Pendant l’année, ils progressent de la même façon que les autres mais oublient beaucoup de ce qu’ils ont appris pendant l’été. De la même façon les passages entre les différents niveaux éducatifs, du primaire au collège, du lycée à l’enseignement supérieur, sont un obstacle pour beaucoup de ces enfants. Il faut réfléchir à des dispositifs spécifiques à mettre en œuvre en REP.

Et fournir aux enseignants des solutions au moment où ils en ont besoin. R : Comment définir une  société apprenante  ? T : Quand on a appris ceux qui vous suivent doivent pouvoir apprendre plus facilement. Chacun doit laisser des traces et transmettre. Dans les années 60 on avait le choix entre une seule chaîne de télévision et son enseignant pour apprendre. Aujourd’hui les canaux sont multiples avec un monde Internet dans lequel l’autorité n’est pas nécessairement hiérarchique. Il faut donc développer d’autres compétences et plus seulement se remémorer, lire, écrire quand les machines le font mieux que nous.

Il faut travailler sur le sens, l’empathie, des compétences que le système éducatif ne développe pas alors que l’esprit critique est plus que jamais utile. T : De plus en plus de pays s’interrogent sur les compétences nécessaires à l’ère numérique. Quand faut-il apprendre par cœur et pourquoi ? Comment développer les capacités à coopérer, la critique constructive, apprendre à apprendre ?

Notre smartphone est un matériel scientifique de haut niveau. La recherche n’a plus forcément besoin d’un lieu très bien équipé pour s’exercer quand son téléphone est lui-même un équipement de pointe pour se poser des questions et se documenter. R : En plus du vôtre, plusieurs rapports viennent d’être publiés sur le développement de nouvelles pédagogies. Comment expliquez-vous ce soudain intérêt pour des pratiques pédagogiques innovantes qui ont longtemps été réservées à quelques pionniers ? T : L’accélération est mondiale avec des pays moteurs comme Singapour, la Finlande ou la Suisse qui font depuis longtemps de la recherche et du développement sur le système éducatif. A Singapour les deux tiers des établissements scolaires font de la recherche sur les apprentissages avec des groupes en interne qui travaillent sur les facteurs de réussite.

Depuis le XIXème siècle le nombre d’années de scolarité a progressé de manière quasi linéaire, 1 an de plus tous les dix ans, pour suivre l’évolution des techniques. Aujourd’hui, on attend des réponses qualitatives pour former des jeunes qui possèdent les compétences du XXIème siècle. Des jeunes qui se formeront tout au long de la vie pour s’adapter aux nouveaux métiers. R : Et que fait-on en France ? T : Nos enseignants ne sont toujours pas vraiment formés à la recherche. Dans l’enseignement supérieur, les enseignants-chercheurs ne sont pas payés pour transmettre leurs initiatives pédagogiques car ils sont uniquement jugés sur leur recherche disciplinaire.

La communauté biomédicale n’imaginerait pas un instant ne pas faire de la recherche quand on a pu supprimer la formation des enseignants et l’INRP. A budgets équivalents la santé et l’éducation ont des budgets en recherche et développement sans commune mesure, de 1 à 30 ! Depuis le XVIIIème siècle l’enseignement a-t-il progressé autant que la médecine ? Aujourd’hui le système éducatif ne peut plus se contenter de transmettre des connaissances d’une génération à l’autre. R : Les enseignants sont-ils tous prêts à cela ?

T : L’enseignant français est celui qui collabore le moins au monde avec ses collègues ou sa hiérarchie. En Irlande les universités commencent par former les enseignants à ce que c’est qu’apprendre, aux 100 manières dont on peut se comporter face à un enfant bloqué dans son apprentissage et qui n’est pas idiot pour autant. R : Le sociologue de l’éducation François Dubet disait ainsi que les meilleurs enseignants sont ceux dont les enfants ne réussissent pas à l’école. Ainsi ils ne jugent pas forcément négativement un élève en difficulté. T : Prenez le cas de Daniel Pennac, un ancien cancre qui s’est révélé un excellent enseignant.

Mais fort logiquement la plupart des enseignants sont d’anciens bons élèves qui ont du mal à comprendre qu’on ne le soit pas. Les enseignants doivent avoir de l’empathie pour trouver des solutions alors que c’est plus facile de se dire que, si un élève ne réussit pas, c’est la faute de ses professeurs précédents, de ses parents, de saatégorie socio-professionnelle. R : Il y a quand même une vraie prise de conscience des enjeux ? R : Il y a de plus en plus d’initiatives mais elles semblent souvent isolées et ne pas se répandre. T : Pas moins de 700 journaux, revues, site s’y intéressent mais il n’y a pas de structure commune pour rassembler ces énergies.

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