Rwanda et reconnaissance du génocide PDF

Les causes de ce génocide rwanda et reconnaissance du génocide PDF multiples: outre l’accumulation de haines entre les castes Hutu et Tutsi au fil des années et l’enchaînement des événements déclencheurs, d’autres causes ou responsabilités, intérieures ou extérieures, ont été évoquées par les différentes commissions d’enquêtes. Une de ces tentatives s’inspire d’une perception endogène de cet événement : la cause du génocide résiderait uniquement dans certain nombre de facteurs inventoriés, dont les principaux seraient une  haine ethnique  et l’attentat déclencheur.


Une génération après le génocide rwandais, la reconnaissance est peut-être le concept idoine pour analyser les faits. Une approche en trois phases est ici effectuée : une phase historique, qui permet d avoir un esprit critique sur le génocide, une phase juridique qui reprend les travaux du Tribunal pénal international et une phase philosophique, au cur du sujet de ce livre, qui pose les fondements d une nouvelle philosophie de la reconnaissance adaptée au génocide.

L’inspiration du génocide trouve sa source principale dans le retournement politique de 1959 qu’on a appelé  la révolution sociale  et qui a débouché sur la fuite de plusieurs dizaines de milliers de Tutsi, la création de la première République et l’indépendance du Rwanda. Rwanda, et à la politique qu’a mené la Belgique pour administrer le territoire avant son indépendance, de nombreux Tutsi partirent en exil pour fuir les massacres et furent perçus comme une menace permanente par les dirigeants Hutu, qui craignaient leur désir de reconquérir le pouvoir. Le retour armé des exilés Tutsi, organisés au sein du FPR, en octobre 1990 marquant le début de la guerre civile rwandaise, va déclencher sur ce terreau historique et culturel l’idée puis la montée en puissance d’une idéologie anti-Tutsi. Radio Télévision Libre des Mille Collines, sont autant d’éléments, parmi beaucoup d’autres, qui montrent une commune inspiration et l’expression d’un objectif : se débarrasser des Tutsi. Avant la colonisation, et aujourd’hui encore, tous les Rwandais parlent la même langue, ce qui est peu fréquent dans les pays d’Afrique, ont la même foi traditionnelle en un dieu unique, Imana, la même culture et vivent ensemble sur les collines. Ils se marient parfois entre eux et continueront à le faire par la suite, malgré les pressions politiques existant depuis les indépendances.

Ne relevant ni des ethnies, ni des classes sociales, la distinction entre Hutus et Tutsis correspond à des groupes structurés à partir de leur activité. L’ethnisme au Rwanda apparaît donc comme une  évidence idéologique  de  racialiser  la perception de la société et de la diviser d’une manière qui servit ensuite de levier pour justifier les massacres. L’ethnisme au Rwanda date du temps du colonisateur allemand, puis belge. Ce dernier, après avoir battu les troupes de l’Allemagne impériale à Tabora, reçoit de la Société des Nations le mandat de gérer le Rwanda dans la structure créée par l’Allemagne. Des observateurs ont aussi vu dans le problème rwandais une réplique induite du conflit linguistique belge. Il est indéniable que les Wallons, qui étaient majoritaires au début au Rwanda, et les Flamands continueront sur le sol Rwandais leurs luttes idéologiques et d’influence. L’Église catholique, belge et suisse surtout, plus influente peut être que dans aucun autre pays, avait consacré le Rwanda au  Christ roi .

L’ethnisme a provoqué l’exil de nombreux Tutsi. La revendication des Tutsi en exil de revenir au pays s’est toujours heurtée aux pouvoirs Hutu entre 1959 et 1994. La volonté des Tutsi de revenir au pays par les armes a déclenché une guerre civile. Cette volonté d’éradiquer les Tutsis imprègne tout particulièrement l’armée composée uniquement de Hutus. Le colonel Rwagafilita était alors le chef d’état-major de la gendarmerie rwandaise, directement sous l’autorité de Juvénal Habyarimana, le président de la République. Le Burundi a une structure de population semblable à celle du Rwanda, la même langue malgré quelques variantes, et une histoire coloniale comparable, puisque les Allemands, puis les Belges administrèrent le Rwanda-Urundi comme une même entité. L’assassinat en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, premier président de la République Hutu élu démocratiquement, fut une source d’angoisse pour les responsables de la République Hutu rwandaise.

Cet assassinat fut attribué à l’armée burundaise, dirigée par des Tutsi et justifia un durcissement de l’ethnisme au Rwanda. Le discours de La Baule, prononcé le 20 juin 1990 par François Mitterrand, eut une influence directe sur Juvénal Habyarimanas. Trois semaines après l’avoir entendu, il déclara qu’il allait modifier la constitution rwandaise pour ouvrir le pays au multipartisme. La Baule a fonctionné comme un piège. Face aux atermoiements des autorités rwandaises et préoccupée par la stabilité des États et la sécurité régionale, la France n’a jamais pris la décision de suspendre toute coopération, ou même de procéder à une baisse du niveau de son aide civile et militaire. Les Forces armées rwandaises ont reçu des armes pendant le génocide, y compris après l’embargo des Nations unies du 17 mai 1994. Cela implique une relativisation de l’explication par le  complexe de Fachoda  et donne une vision décalée des explications apparentes.

Ces armes étaient destinées au conflit militaire avec le FPR et officiellement n’étaient pas destinées aux génocidaires. Le Rwanda est entouré de frontières naturelles : le lac Kivu à l’ouest, la chaîne de volcans au nord, les marais de l’Akagera à l’est, etc. Loin de la mer, sans lignes de chemin de fer, seul l’avion et la route le relient à l’extérieur. Cet enclavement est sans doute la raison pour laquelle il est probablement le dernier pays découvert par les européens en Afrique. Il limite les échanges et a contribué à la grande unité linguistique du pays.

Le Rwanda a été un modèle de développement en Afrique jusqu’à la fin des années 1970, où ce développement fut stoppé net par la sécheresse et la dégradation de l’environnement. Les collines étaient cultivées jusqu’au sommet, les pentes les plus fortes étaient cultivées selon les mêmes techniques que les terres plates, provoquant une érosion qui allait fréquemment jusqu’à des glissements de terrain. Kanama, au Nord-Est du Rwanda, région très fertile, montre que la taille moyenne d’une exploitation agricole y est de 0,4 ha en 1988, et de 0,3 ha en 1993, surface divisée en une moyenne de 10 parcelles non contiguës. Sur chaque exploitation vit une moyenne de 4,9 personnes en 1988 et de 5,3 personnes en 1993. Traditionnellement dans la société rwandaise les riches aidaient leurs parents pauvres. Ce système s’est effondré quand même les riches ont commencé à éprouver des difficultés pour eux-mêmes.

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