Une histoire des parents d’écrivains : De Balzac à Marguerite Duras PDF

Nous apercevons au premier plan un marcheur solitaire vu de dos, placé dans un milieu alpin, sauvage et romantique. J’emprunte à Florence Gaillet de Chezelles cette remarquable présentation : le personnage est absorbé dans la contemplation d’un paysage sublime qui s’étend à perte de vue, l’horizon étant à peine voilé par les collines diaphanes du dernier plan. Ce qui est tout d’abord surprenant dans la scène représentée est l’impression de vertige qui s’en dégage. Comme l’avait fort bien noté Jean-Pierre Mourey, la désolation et une histoire des parents d’écrivains : De Balzac à Marguerite Duras PDF vertige du vide, chez Friedrich, naissent du télescopage d’un plan proche et d’un plan lointain.


Dans la lignée de l’Histoire des haines d’écrivains, avec la même verve et une pluie d’anecdotes, ce livre raconte comment les parents d’écrivains du XIXe et du XXe siècle ont réagi à la vocation de leurs rejetons. Pour beaucoup, qui rêvaient d’un métier sérieux ou d’un avenir solide, c’est la disgrâce absolue : jules Renard n’est qu’un  » chieur d’encre  » aux veux de sa mère ; le père de Nerval finit par rompre avec lui. Quant à la mère de Marguerite Duras, elle se désespère :  » Tu es faite pour le commerce !  » Car, insiste Mine Gide, il faut bien trouver de quoi  » mettre la poule au pot « . D’autres encore sont scandalisés, ou s’agacent d’une imagination jugée débordante.  » Poulou n’a rien compris à son enfance « , s’écrie la mère cle Sarine après avoir lu Les Mots. Certes, tous les parents n’ont pas été hostiles : Honoré a souffert sa vie durant de ses rapports avec la terrible Mme Balzac, qui exécrait ses premiers romans, mais il a eu le réconfort d’être le fils de son père ; un Théophile Gautier, une Marguerite Yourcenar ont été encouragés dès l’affirmation de lem- vocation. Ce soutien frôle parfois la cocasserie pure : quand, emporté par l’inspiration, Lamartine célébra dans un poème le lierre majestueux, mais imaginaire, qui recouvrait la maison familiale, sa mère s’empressa d’en planter un, afin que nul ne pût prendre Alphonse en défaut… Peur de la déchéance sociale, fierté face au succès, rejet d’un milieu qu’on connaît mal, incrédulité, dévotion ou indifférence : souvent savoureuses, ces réactions à l’irruption de la littérature dans une vie nous font plonger dans l’intimité de ces familles à la lois si lointaines et si proches.

Le voyageur enjambe du regard le précipice qui est à ses pieds, il est face aux vastitudes et aux brumes . Cette solitude du personnage, qui n’est pas sans évoquer ce qu’on a nommé le mal du siècle , c’est-à-dire le sentiment d’inadaptation face à la marche de l’histoire, est accentuée par l’irréalité de la scène : de fait, la tenue vestimentaire que porte le voyageur ne semble guère adaptée pour affronter une ascension aussi périlleuse. Cette déréalisation de la scène contribue à la symbolique romantique : libre expression de la sensibilité et contestation de la raison. Le paysage provoque donc ici une sensation intense qui évoque la variété et le mystère des forces naturelles : le paysage romantique est presque irrationnel.

Il exprime tout à fait la sensibilité et conteste par là même le rationalisme. Loin d’être régulier et défini, il apparaît comme un symbole de force et de passion. Si le paysage occupe une place éminentedans la peinture et la poésie romantiques, il apparaît ainsi comme la projection du paysage intérieur de celui qui regarde. Remarquez enfin comme le corps du personnage forme une sorte d’axe vertical vers le ciel, un peu comme si son moi se plaçait au centre du monde pour mieux le repenser. Florence Gaillet de Chezelles, Wordsworth et la marche: parcours poétique et esthétique, Grenoble : ELLUG, Université Stendhal, 2007. Pour télécharger le texte complet au format .

Jean-Pierre Mourey, Figurations de l’absence : recherches esthétiques, Saint-Etienne, Université, C. Gabrielle Dufour-Kowalska, Caspar David Friedrich: aux sources de l’imaginaire romantique, L’Âge d’Homme, Paris 1992, page 60. Voir aussi mon support de cours  La révolution romantique . La mer de glace  de Friedrich. Expliquez en confrontant les deux documents les relations de la nature avec l’homme. Friedrich :  Une œuvre ne doit plus être inventée mais ressentie. Survit seule au réveil dans un songe effacé.

Et respire un moment l’air embaumé du soir. Ce calme avant-coureur de l’éternelle paix. Et seule, tu descends le sentier des tombeaux. Et le même soleil se lève sur tes jours. Prête avec lui l’oreille aux célestes concerts. Glisse à travers les bois dans l’ombre du vallon. Sous la nature enfin découvre son auteur !

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